Le long métrage "Isegmi n Tayri" de Lounes Medjnah, projeté vendredi à Tizi-Ouzou, en ouverture de la compétition pour   l’Olivier d’Or, de la 17ème édition du festival culturel national annuel du   film amazigh (FCNAFA) est un film plein d’émotion dont le jeu des acteurs a   été fortement apprécié par l’assistance.  Cette production, qui a été projeté à la salle des spectacles de la maison   de la culture Mouloud Mammeri et avec lequel l’acteur Lounes Medjnah, signe   son entrée dans le monde de la réalisation, est une histoire d’amour   dramatique très réaliste, de deux jeunes qui se rencontrent dans un arrêt   de bus. Il s’agit d’Idir médecin spécialiste, issu d’une famille pauvre qui   vit seul avec sa mère malade et Amel, fille d’un riche propriétaire d’une   entreprise de bâtiment.  Une histoire d’amour ordinaire dans laquelle pourraient se reconnaitre de   nombreux jeunes, car le scenario raconte, dans un kabyle truffé de mots en   français, une réalité sociale algérienne.
Une histoire qui n’aboutit pas à   cause d’une mère qui, sans même chercher à connaitre le jeune prétendant,   s’oppose au mariage de sa fille, elle aussi médecin, avec l’homme qu’elle a   choisi parce qu’il n’appartient pas à la même classe sociale que sa   famille.  Le frère de Amel qui a de mauvaises fréquentations et qui lorsqu’il décide   de quitter ses deux amis qui, en réalité, ne s’intéressaient qu’à son   argent, est agressé par l’un d’entre eux qui l’a laissé pour mort. Ce même   frère Karim devenu paraplégique suite à cette agression sera pris en charge   par Idir, ce médecin dont il n’a pas voulu comme beau frère et qu’il avait   projeté de faire exécuter.  La place de la fille, en dépit de son niveau d’instruction, au sein de la   famille à qui la mère préfère le garçon, les maux sociaux (alcoolisme et   drogue) et leurs conséquences (vol et agression), le regard méprisant du   riche au pauvre (cas de Karim qui ne respecte pas les ouvriers de son père   alors que ce dernier les considère comme ses partenaires) sont autant de   scènes qui abordent quelques réalités de la société, et qui renforcent la   charge dramatique de ce long métrage de 114 minutes.  Plusieurs scènes sont chargées d’émotion dont l’une des plus fortes est la   lettre écrite par Amel à Idir pour lui faire ses adieux lui promettant de   donner son nom au premier garçon qu’elle mettra au monde. Le film se   termine sur une rencontre entre Idir et Amel, quelques années après leur   rupture, tous deux ayant fait sa vie de son coté. Amel a eu un garçon   qu’elle a prénommé Idir et Idir a eu une fille a qui il a donné le prénom   de Amel. Une sorte de renaissance de l’Amour ou "Isegmi n Tayri" en kabyle   d’où le titre de ce log métrage.  Durant le débat qui a suivi la projection, des producteurs, des gens du   cinéma et des universitaires dont un enseignant en tamazight, ont relevé   que le film est trop long et ont conseillé de réduire certaines scènes. Le   réalisateur qui a reconnu que son film est effectivement long, a expliqué   qu’au départ il voulait faire un feuilleton mais par manque de moyen il en   a fait un long métrage et a promis de réduire la durée du film et de   l’améliorer.  Les intervenants ont été unanimes à saluer le jeu des acteurs qui ont   réussi à transmettre de l’émotion. Ils ont par ailleurs relevé quelques   erreurs techniques notamment en matière d’éclairage des scènes de nuit qui   sont jouées quasiment dans le noir, le sous-titrage en français plein   d’erreurs d’orthographes, le manque de punch dans la trame dramatique et le   recours dans les dialogues, à des mots en français alors que les   équivalents en kabyle existent et sont toujours d’usage.  La projection des films en compétition s’est poursuivi dans l’après midi   avec au programme deux documentaires "l’Islam de mon enfance" de Nadia   Zouaoui et "Juba II" de Mokrane Ait Saada et trois courts métrages à savoir   "Ughaled" de Hafidh Ait Braham, "celui qui brule" de Slimane Bounia et   "Aygher a ddunit" de Nabil Chalal. 23 productions sont  en compétition pour   l’Olivier d’or la plus haute distinction de ce festival, rappelle-t-on.  

Flash-back sur un roi pacifiste     

En ce qui concerne le documentaire sus-cité, "Juba II" de Mokrane Ait Saada projeté dans l’après-midi à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, il se veut être un flash-back sur un   roi pacifiste dans un contexte de rivalité guerrière avec la Rome antique.  Ce documentaire d’Histoire dont la projection s’est déroulée vendredi en   fin d’après-midi, retrace en 53 mn le parcours d’un personnage aussi   complexe, en s’appuyant sur des historiens qui ont étudié la personnalité   de ce roi amazigh, donnant une valeur quant au récit, tout comme les décors   et accessoires, signés Mohand-Saïd Idri et Samir Terki (Ecole des beaux   arts d’Azzazga) et les Costumes conçus par El Boukhari Habbel, lui ont   apporté une valeur esthétique.  Ce documentaire en Tamazight, sous-titré en français, retrace l’épopée   d’un roi bâtisseur, pacifiste et savant. Le film s’ouvre sur un plan de la   mer, la méditerranée qui sépare et unit à la fois, deux états, Rome et la   Numidie. Une scène de sac et de ressac qui introduit déjà le spectateur   dans le parcours de Juba II (interprété par Dahmane Aidrous) entre la   numide où il est né et a régné, et Rome où il a été élevé après avoir été   enlevé.  Les scènes, en majorité des plans serrés, ont été tournées dans un décor   reconstituant le bureau de Juba II. D’autres ont été jouées dans le musé   des antiquités, à Cherchell et à Tiaret. C’est dans les beaux paysages de   cette wilaya (Tiaret) que le réalisateur a filmé une scène, en gros plan,   montrant Juba II chevauchant pour aller à la rencontre de Takfarinas ( joué   par Slimane Grim).  Mokrane Ait Saada, également auteur du scenario de ce   documentaire-fiction, rappelle brièvement la fin du règne du Juba I en 46   avant J-C après la bataille de Thapsus qu’il mena contre César et   l’enlèvement de son fils Juba II alors âgé de 5 ans arrachés des bras des   sa mère, par de soldats romains pour qu’il soit conduit à Rome où il fut   éduqué par la soeur de l’empereur Octave. 
A l’âge de vingt cinq, il retourne en Numidie, où il sera intronisé par   Rome roi de Maurétanie. Juba II a opté pour Césarée (actuelle Cherchell)   comme capitale. Ce choix est dicté par sa position géographique sur les   bords de la Méditerranée une ouverture sur la mer propice au développement   du commerce avec les pays de la rive nord de la Méditerranée, selon les   témoignages des historiens rapportés dans ce documentaire.  L’historien Abderrahmane Khelifa porte la voix de Juba II pour accompagner   en off les images dans une sorte de récit autobiographique, entrecoupé par   l’intervention de spécialistes qui expliquent certains faits historiques du   parcours de ce roi Amazigh connu pour avoir construit de grands édifices   dont des bâtiments, des théâtres, sa contribution au développement du   commerce extérieur, de l’agriculture, des arts et du savoir. C’est lui qui   donna le nom d’Euphorbe du nom de son médecin grecque qui à découvert cette   plante et ses vertus médicinales, rappelle le documentaire.  L’un de moments forts de ce documentaire est la rencontre (dans deux   scènes) entre Takfarinas et Juba II, le premier demandant au roi de se   joindre à lui pour combattre l’occupant romain, le second plaidant en   faveur d’une paix avec Rome beaucoup plus puissante militairement. C’est   d’ailleurs, les seuls passages de la partie fiction de ce documentaire que   le réalisateur a habillé d’un dialogue pour "donner plus de présence   d’intensité à ces deux scènes", a expliqué M. Ait Saada.
R. C.