Mouloud Mammeri, la littérature, le cinéma et la culture amazighe. Par Ahmed Bedjaoui (17e-edition)

Mouloud Mammeri, la littérature, le cinéma et la culture amazighe

Par Ahmed Bedjaoui

 

Mouloud Mammeri, écrivain et anthropologue de grand talent a été l’un des premiers auteurs à être porté à l’écran dans le jeune cinéma algérien.

Son roman L’Opium et le bâton, paru en 1965, a été adapté par Ahmed Rachedi…

Auparavant, en 1963, Mouloud Mammeri avait écrit un scénario, intitulé Le Village incendié. L’auteur montre la répression, la torture ; mais ce projet n’a pas abouti…

…Mouloud Mammeri avait déjà participé à une aventure cinématographique en écrivant le canevas ainsi que le commentaire du premier long-métrage de Rachedi : L’Aube des damnés. Aux lendemains de l’indépendance, l’Algérie, soutenue au cours de sa guerre de libération par le mouvement des non-alignés, rend hommage à travers ce film aux peuples qui continuaient à lutter contre le colonialisme… 

…Mouloud Mammeri sera à nouveau associé à l’écriture d’un scénario avec Morte la longue Nuit, un documentaire d’archives de Ghaouti  Bendedouche et de Mohamed Slim Riad, consacré à l’histoire de la guerre de libération.  

Mais c’est avec le premier roman de Mouloud Mammeri, paru en 1952, La Colline oubliée, par Abderrahmane Bouguermouh, que la question de la relation entre la textualité, le terroir, la langue amazighe et le cinéma, s’est posée pour la première fois avec évidence en Algérie. Ce film marque en effet une étape dans le cinéma algérien, puisqu’il est le premier à avoir été intégralement tourné en langue berbère un an avant La Montagne de Baya de Azzedine Meddour. Rappelons que dans le passé, un film comme Les Rameaux de feu (1982), adapté de l’œuvre littéraire de Malek OuaryLe Grain dans la meule, comportait certaines répliques en berbère. Sa diffusion à la télévision publique avait posé quelques problèmes à l’époque, avant d’être autorisée. Avec l’adaptation de La Colline oubliée, Abderrahmane Bouguermouh a été justement récompensé pour sa persévérance, puisque déjà en 1968, il s’était vu interdire par l’office national pour le cinéma un court-métrage intitulé Comme une âme, sous le prétexte que le dialogue et le commentaire étaient en berbère.

 …L’écrivain égyptien Taha Hussein a montré dans son livre intitulé NaqdouaIslahson admiration pour le roman de Mouloud Mammeri, tout en regrettant qu’il ne fût pas écrit en arabe ! 

De son côté, la presse française en profita à une époque où le nationalisme algérien se montrait menaçant, pour qualifier l’œuvre de « Beau roman Kabyle » décrivant l’âme berbère. Il a fallu une longue guerre de libération dans laquelle la Kabylie a joué un rôle primordial pour montrer que les Kabyles faisaient bien partie de cet ensemble national arabo-berbère appelé Algérie et dans lequel, la richesse provenait justement de la diversité culturelle et de l’attachement aux langues de nos origines. Trente ans après l’indépendance, un film pouvait enfin exprimer en berbère, des mots écrits en français mais soutenant une culture traditionnelle qui attendait le son et l’image pour se libérer des contraintes dogmatiques dans lesquelles l’écrit l’avait enfermée. Après tout, dans L’Incendie, Badie n’avait pas fait autrement que Bouguermouh lorsqu’il a transféré le verbe français en dialecte arabe algérien, offrant ainsi à des millions de téléspectateurs la possibilité de connaitre la société tlemcénienne à la veille de la guerre d’indépendance… 

…Abderrahmane Bouguermouh a été, avec Azzedine Meddour, un pionnier du cinéma amazigh. Ils ont tous deux eu le mérite d’ouvrir la voie à toute une génération de cinéastes qui réalisent des films en langue berbère, aussi bien en Algérie qu’au Maroc. Le cinéma amazigh s’est depuis beaucoup épanoui. Il a son festival et ses rencontres tant en Algérie qu’au Maroc voisin. Sans doute le cinéma d’expression amazigh n’est pas parvenu en Algérie à accéder à la richesse de son homologue au Maroc. De plus en plus de productions importantes racontent des fictions en langues berbères. Des œuvres de fiction majeures comme Machahou de BelkacemHadjadj ou La Maison jaune d’Aomar  Hakkar (dont le dialogue est majoritairement en langue chaouie) contribuent à intégrer le film d’expression berbère dans la normalité linguistique en usage dans les autres films algériens. Brahim Tsaki a élargi avec Ayrouwen (« II était une fois » en langue targuie), le champ de la diversité au cœur même du cinéma d’expression amazighe, puisque le film, raconte dans la langue des Touaregs une histoire d’amour entre un Targui et une jeune adolescente, native d’une ville européenne, qu’il a rencontrée aux environs de Djanet dans le grand Sud algérien. Parmi les films marquants, on peut encore citer La Fin des djins de Chérif Aggoun, Le Vendeur de neiges d’Achour Kessai, Si Mhand Ou Mhand de Rachid Benallal et Lyazid Khodja et Arezki, l’Indigène de Djamel Benddedouche. Mimezrane d’Ali Mouzaoui a quant à lui, connu un véritable succès populaire… 

Ahmed BEDJAOUI.